Grand Théâtre de Genève La Clémence de Titus Par Claudio Poloni © GTG / Magali Dougados
Jusqu'où peut-on aller dans une mise en scène d'opéra? C'est toute la question que pose 'La Clémence de Titus' de Wolfgang Amadeus Mozart présentée du 16 au 29 octobre 2024 au Grand Théâtre de Genève -- un spectacle qui a beaucoup fait parler de lui et a divisé les esprits. Le metteur en scène suisse Milo Rau est aujourd'hui une figure acclamée du théâtre contemporain, invité sur les plus grandes scènes, notamment au Festival d'Avignon. En 2021, Aviel Cahn, directeur du Grand Théâtre de Genève, lui propose de monter son premier ouvrage lyrique. En raison de la pandémie de coronavirus, la production est donnée une seule fois, dans une salle vide, mais elle est enregistrée pour être diffusée en «streaming» et passe quasiment inaperçue. Trois ans et demi plus tard, cette Clémence de Titus revient dans la ville du bout du lac pour une série de six représentations, dans la même mise en scène, après être passée par Vienne, Anvers, Gand et Luxembourg. Disons-le franchement: il n'est pas sûr que les spectateurs aient vu et entendu l'opéra de Mozart. Une ligne rouge a été clairement franchie, et il y a incontestablement (pour utiliser une expression triviale) tromperie sur la marchandise. Tout d'abord, la partition a été allègrement charcutée, avec notamment une grande partie des récitatifs qui sont passés à la trappe. Le livret a aussi été passablement chamboulé: certaines scènes ont été supprimées, d'autres (qui n'ont rien à voir avec l'opéra) ont été ajoutées, et le spectacle commence par la fin. Mais il y a plus grave encore: la musique de Mozart est ici souvent réduite à servir de bande-son, un comble pour un spectacle lyrique! Ainsi, pendant de nombreux airs, des images et un texte sont projetés sur un écran disposé en arrière-scène, le plus souvent sans aucun rapport avec l'intrigue. Bien évidemment, les spectateurs sont tentés de suivre ce qui défile sur l'écran, et cela les distrait de la musique et du chant. Ceux qui veulent se concentrer sur la partition de Mozart sont contraints de fermer les yeux. Dans ces conditions, pourquoi faire l'effort d'acheter un billet et de sortir pour se rendre dans une salle alors qu'on pourrait rester tranquillement chez soi à écouter un disque? N'y a-t-il pas aussi dans ce procédé un manque total de respect pour les interprètes? L'agitation permanente sur le plateau est caractéristique des metteurs en scène de théâtre qui s'essaient à l'opéra: ne connaissant pas la musique ou ne lui faisant pas confiance, ils ont peur du vide et veulent remplir chaque seconde de leur spectacle, ce qui peut se justifier au théâtre, mais pas à l'opéra, où un air superbement interprété s'apprécie tel quel, sans besoin d'y ajouter quoi que ce soit. Au final, on ne peut que constater que l'intégrité et l'authenticité de l'opéra de Mozart ont été largement remises en cause...
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(page mise à jour le 3 janvier 2025)