No. 70/1    mars 2017

 

Genève

Un festival pour l'orgue de cinéma

Par Vincent Arlettaz

L'orgue Wurlizter du Collège Claparède, Genève

© dr

 

L'aula du Collège Claparède, à Chêne-Bougeries près de Genève, possède un orgue d'un genre tout à fait particulier: construit en 1937 aux Etats-Unis par la firme Wurlitzer, il a été conçu dès l'origine pour les besoins... d'une salle de cinéma! Avant l'avènement du film parlant en effet (et même pendant un certain temps après cette date), diverses combinaisons instrumentales ont été utilisées pour parer de sons les images muettes créées par Chaplin ou Buster Keaton, voire par le jeune Hitchcock; et l'orgue y a joué un rôle prépondérant! Rénové, l'instrument du Collège Claparède sera au début avril au centre d'un festival dédié à la musique de film.

Lorsqu'on fait l'effort de s'y pencher, l'histoire de la musique de film apparaît tout à fait fascinante: souvent l'oeuvre d'artistes peu reconnus, elle n'en a pas moins suscité à l'occasion la vocation de compositeurs prestigieux, tels Camille Saint-Saëns, auteur en 1908 de la première partition de musique savante destinée au cinéma (L'Assassinat du Duc de Guise), Erik Satie (Entr'Acte, 1924), Arthur Honegger ou -- surtout -- Georges Auric, jusque dans les années 1970. L'immense majorité des musiques de film est toutefois l'oeuvre d'artistes modestes, voire anonymes, et l'histoire du genre reste méconnue. Se souvient-on que l'avènement du «parlant», dans les années 1930, causa la ruine des orchestres de cinéma, privant d'emploi de nombreux instrumentistes? Réservée aux théâtres les plus cossus, cette formule n'a pas été la plus répandue toutefois: le plus souvent, l'accompagnement des films muets était confié à un seul instrument, le piano ou -- de plus en plus -- l'orgue. Ce dernier, bien qu'associé traditionnellement à la musique d'église, va donc prêter pendant quelques décennies sa voix aux plus délirants des films burlesques, aux courses-poursuites, hold-up ou autres attaques de train!

 

Multirécidiviste

A la fin du XIXe siècle, le casier judiciaire de l'instrument, en vérité, était loin d'être vierge: rappelons que, sous le nom d'hydraulos (ou hydraulis), il fut inventé (clavier et registres inclus) en Alexandrie par un ingénieur grec du nom de Ctésibios. Nous sommes au troisième siècle avant notre ère, et dans ses premiers temps, bien peu de l'histoire de cette fracassante découverte nous est connu. Tout au plus pouvons-nous savoir que l'hydraulos fit l'objet de concours prestigieux, notamment dans la citadelle sacrée de Delphes, et que, selon Cicéron ou d'autres prosateurs antiques, il appartenait aux objets de luxe pouvant orner les villas des plus riches citoyens. Son répertoire n'aura pas toujours été un modèle de raffinement néanmoins: c'est ainsi que les plus nombreuses représentations qui nous ont été conservées par l'iconographie associent l'instrument... aux combats de gladiateurs! Quel genre de musique ces obscurs artistes pouvaient-ils donc jouer pour exciter les foules guettant le premier jet d'hémoglobine?

Le clavier de l'hydraulos, bien que n'étant apparemment pourvu que d'un rang de touches (donc sans «touches noires»), permettait très probablement de recourir à des effets sonores dramatiques, tels que trémolos, glissandos ou autres clusters; l'utilisation de combinaisons harmoniques d'une espèce ou d'une autre, si l'on réfléchit bien, y est infiniment plus probable que la sage modération qui aurait contraint l'improvisateur à se contenter d'octaves parallèles... Le pathos, voire le kitsch, devaient y régner souverainement! Cela étant, l'orgue de Ctésibios, bien que pourvu d'un son puissant, grâce à sa cuve assurant par action hydraulique une pression d'air importante, n'était pas un instrument monumental: pour des raisons techniques, il était en effet pratiquement dépourvu de graves, et limité à quatre jeux...

 

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RMSR mars 2017

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